Créatine et effets secondaires : ce que dit la science
La créatine n'abîme pas les reins chez l'adulte sain. Découvrez les véritables effets secondaires selon les dernières études scientifiques.

Points à retenir
- La créatine augmente la quantité d’eau retenue dans le muscle, ce qui se traduit par une prise de poids, surtout pendant les premières semaines et davantage en cas de phase de charge (ISSN 2017).
- Dans son avis de novembre 2016 (saisine 2014-SA-0008), l’ANSES déconseille les compléments alimentaires destinés aux sportifs à plusieurs populations.
- Prendre 20 grammes par jour durant 5 à 7 jours — par exemple, 5 grammes quatre fois par jour — puis réduire à 3 à 5 grammes par jour en entretien continu.
- Bien que la créatine soit sûre chez les sujets sains, quelques symptômes doivent vous inciter à consulter un médecin et à cesser la prise immédiatement, sans attendre.
Chez l’adulte sain, aux doses usuelles, les études ne montrent pas d’atteinte de la fonction rénale. Une revue systématique publiée en 2025 dans BMC Nephrology (21 études, dont 12 en méta-analyse) trouve une hausse modeste de la créatinine sanguine sans baisse significative du débit de filtration glomérulaire. La confusion vient souvent d’une simple augmentation du taux de créatinine sérique — un phénomène métabolique normal et temporaire — qu’on confond avec une atteinte rénale réelle. En revanche, la créatine n’est pas recommandée pour tous, et certains effets indésirables méritent d’être connus avant de commencer une supplémentation.
Créatine et risques rénaux : ce que dit la science
La question des reins revient systématiquement quand on parle de créatine. La crainte est légitime : les reins filtrent les déchets azotés, et la créatine augmente ces marqueurs. Mais la science a tranché. Depuis le positionnement de la Société internationale de nutrition sportive en 2017, repris et confirmé par la méta-analyse de BMC Nephrology en 2025, les preuves s’accumulent : la créatine ne cause pas de dommage rénal fonctionnel chez les personnes saines qui en prennent aux doses recommandées.
Voici ce que les 21 études examinées en 2025 ont montré. Les sujets qui prennent de la créatine voient effectivement leur taux de créatinine sérique augmenter. Cette augmentation est modérée et transitoire. Elle disparaît quand on arrête la prise. Elle ne s’accompagne d’aucune baisse du débit de filtration glomérulaire (GFR), le vrai marqueur de la santé rénale. En d’autres termes : le rein filtre normalement, il y a juste plus de créatinine à filtrer, ce qui est mécanique et prévisible.
Cela dit, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (ANSES) signale un point important. Plusieurs cas d’aggravation de maladies rénales préexistantes ont été notifiés et attribués à la prise de créatine. L’ANSES le précise : le risque concerne des sujets qui souffrent déjà d’une atteinte rénale, hépatique, ou d’un diabète. Pour ces populations, la créatine est formellement déconseillée. Chez les sujets sains, en revanche, les données ne démontrent pas de risque accru.
Les effets indésirables réels
Bien que le rein ne soit pas en danger, la créatine n’est pas une substance sans effets. Les effets indésirables décrits dans la littérature sont le plus souvent bénins et temporaires chez le sujet sain ; l’ANSES rappelle toutefois que des effets plus graves ont été signalés chez des personnes déjà malades.
Troubles digestifs (les plus courants)
Nausées, diarrhées et douleurs abdominales figurent au premier rang des plaintes signalées. Ces symptômes surviennent surtout durant la phase de charge, c’est-à-dire quand on prend de fortes doses sur une courte durée, puis s’atténuent une fois qu’on passe à un régime d’entretien avec des doses plus basses. Ils s’estompent généralement à l’arrêt de la supplémentation.
Autres manifestations (rares)
Des maux de tête ont été rapportés chez certains utilisateurs. En revanche, la position de l’ISSN (2017) indique que la supplémentation en créatine n’augmente pas l’incidence des crampes musculaires ni de la déshydratation. Ces symptômes restent exceptionnels et ne concernent qu’une fraction des personnes qui prennent de la créatine.
L’effet systématique : la prise de poids
Il existe un seul effet que les études décrivent de façon constante : la prise de poids. La créatine augmente la quantité d’eau retenue dans le muscle, ce qui se traduit par une prise de poids, surtout pendant les premières semaines et davantage en cas de phase de charge (ISSN 2017). Cet effet n’est pas dangereux, mais il doit être prévu et accepté, notamment pour les athlètes pour lesquels chaque kilogramme compte.
Qui ne doit pas prendre de créatine
Dans son avis de novembre 2016 (saisine 2014-SA-0008), l’ANSES déconseille les compléments alimentaires destinés aux sportifs à plusieurs populations. Si vous entrez dans l’une de ces catégories, consultez votre médecin avant toute prise.
La créatine n’est pas recommandée dans les cas suivants :
- Maladie rénale diagnostiquée
- Atteinte hépatique ou biliaire
- Diabète
- Ablation du rein (néphrectomie)
- Âge : enfants et adolescents
- Grossesse ou allaitement
Pour ces populations, les données manquent ou les risques potentiels surpassent les bénéfices supposés. Une consultation préalable avec un médecin est obligatoire.
Les bonnes doses et comment minimiser les risques
Si vous n’êtes pas dans les catégories contre-indiquées et que votre médecin ou pharmacien valide la prise, il existe un protocole établi pour réduire les risques d’effets indésirables.
Le protocole de charge (optionnel)
Prendre 20 grammes par jour durant 5 à 7 jours — par exemple, 5 grammes quatre fois par jour — puis réduire à 3 à 5 grammes par jour en entretien continu. Cette approche accélère l’effet mais provoque davantage d’inconfort digestif.
Le protocole sans charge (progressif)
Débuter directement à 3 à 5 grammes par jour, sans phase initiale d’augmentation. Cette approche est généralement mieux tolérée. Les 3 g par jour sont la condition d’emploi de la seule allégation générale autorisée en Europe : « La créatine améliore les capacités physiques en cas de séries successives d’exercices très intenses de courte durée. » Elle est réservée aux denrées destinées aux adultes effectuant des exercices physiques très intenses (règlement (UE) 432/2012).
Hydratation et durée
Un mythe courant veut qu’il faille boire beaucoup plus d’eau en prenant de la créatine. Ce n’est pas fondé. Une hydratation normale suffit amplement. Il n’existe pas de seuil limite établi quant à la durée de prise : la créatine peut être prise sur des années sans dommage documenté chez les sujets sains.
Dans tous les cas, mentionnez votre intention de prendre de la créatine lors de votre prochaine visite chez votre médecin ou auprès de votre pharmacien, surtout si vous prenez d’autres médicaments ou si vous souffrez d’une pathologie quelconque. Le médecin ou le pharmacien pourra vérifier la compatibilité avec vos traitements.
Signaux d’alerte : quand consulter sans délai
Bien que la créatine soit sûre chez les sujets sains, quelques symptômes doivent vous inciter à consulter un médecin et à cesser la prise immédiatement, sans attendre.
Consultez sans délai si vous expérimentez :
- Une douleur lombaire persistante (bas du dos)
- Des urines anormalement foncées ou opaques
- Un essoufflement inexpliqué à l’effort
- Une jaunisse (coloration jaune de la peau ou des yeux)
- Un malaise général accompagné d’une fatigue anormale
Ces symptômes peuvent signaler une réaction atypique et méritent une évaluation par un professionnel de santé dans les meilleurs délais.
Ce que la science n’a pas encore établi
Les données actuelles ne précisent pas le contenu exact des rapports les plus récents de l’ANSES émis entre 2022 et 2024, le nombre précis de signalements d’effets indésirables attribués à la seule créatine plutôt qu’associée à d’autres suppléments, les effets documentés au-delà de deux décennies d’utilisation continue, les profils de risque des formes chimiques autres que le monohydrate, le seuil exact de créatinine sérique plasmatique qui justifierait une vigilance accrue chez un sujet par ailleurs sain, ou les particularités du risque chez la femme selon les périodes hormonales. Ces manques ne remettent pas en question les données résumées ci-dessus, mais ils indiquent les zones où une question à un professionnel de santé demeure pertinente.